Je n’entends plus rien, la sirène s’est éteinte. J’ouvre lentement les yeux et aperçois le petit Jonathan avant de replonger dans mon sommeil.
Des vibrations me réveillent. Mon téléphone est posé sur la table de chevet, à côté de mon lit. Sur la porte vitrée, un écriteau indique « Infirmerie ». Quelqu’un frappe à la porte :
— Anaïs, ouvrez-moi, c’est Pétunia. Appuyez sur le bouton fixé à droite de votre lit.
Cette pièce ressemble à une véritable forteresse : personne ne peut y entrer sans mon autorisation.
— J’ai déposé des fleurs sur la table. Les enfants sont venus me chercher en urgence. Ils m’ont dit que vous aviez fait un malaise en plein cours.
— Je me suis évanouie… J’étais à la recherche de George, il a disparu en pleine classe !
— George ? Qui est-il ?
— Un de mes élèves. Je faisais l’appel, mais il ne m’a jamais répondu. J’étais inquiète, alors j’ai demandé à un autre élève de surveiller la salle et je suis partie le chercher.
— Anaïs, merci pour ces précisions, mais… êtes-vous sûre d’avoir un élève prénommé George ? Je n’en trouve aucun sur la liste officielle.
Elle me tend une feuille.
— Regardez par vous-même… Je pense que vous êtes stressée. Les premiers jours de rentrée ne sont jamais faciles, il faut savoir respirer et se détendre.
— Vous insinuez que je suis folle ?! De plus, j’ai vu un corps sous l’arbre, dans la cour de récréation. Allez-vous aussi me dire que c’est le fruit de mon imagination ?!
— Un corps ?
La directrice me fixe un instant, puis quitte brusquement l’infirmerie en claquant la porte.
Je me lève et m’approche de la fenêtre. De là où je suis, au premier étage, j’ai une vue dégagée sur le collège Middle Ranch. L’établissement compte deux étages. Au rez-de-chaussée, on trouve les salles de classe et le réfectoire, qui peut accueillir jusqu’à cent cinquante pensionnaires. Au premier étage, il y a la bibliothèque, où les élèves effectuent leurs recherches, ainsi que l’infirmerie. Enfin, au second, se trouvent la salle des archives et le local de stockage.
L’infirmière s’approche.
— Madame, la directrice souhaite vous parler au téléphone. Vous pouvez me suivre ?
Je saisis le combiné.
— Anaïs ?
— Oui ?
— J’ai contacté les urgences suite à votre alerte.
— Avez-vous trouvé quelque chose ?
— Étrange… Nous n’…
Soudain, une douleur fulgurante me traverse le crâne. Ma respiration devient difficile.
— Madame la directrice… Vous m’entendez ? Allô ?
Mes mains tremblent, je lâche le combiné et m’avance vers la rampe d’escalier. Ma vision se trouble. Je perds l’équilibre et m’écroule lourdement au sol.
Je sens alors des mains m’agripper violemment par les jambes et me traîner sur plusieurs mètres. Tout devient flou. Impossible d’ouvrir les yeux.
J’entends le ding caractéristique d’un ascenseur. Les portes s’ouvrent. Je suis soulevée, transportée.
De l’air frais me fouette le visage. Il pleut.
— Emmène-la loin d’ici… Tu m’as compris.
Cette voix m’est inconnue.
— Mais…
— Il n’y a pas de « mais »… Exécute. Maintenant.
PARTIE 2-2
Deux hommes. Impossible de les identifier. Mon esprit ne cesse de cogiter sur mes ravisseurs.
Mes yeux sont bandés. J’ai les cheveux trempés, le vent s’engouffre sur ma peau glacée. Mes mains sont solidement ligotées. Impossible de bouger.
Je suis allongée… La pluie martèle mon visage.
Un bruit de moteur. Des secousses. Je suis à l’arrière d’un véhicule. Un pick-up ? Difficile à dire.
L’autoradio grésille. La musique est forte, mais pas assez pour masquer mes supplications.
— Je vous en supplie, laissez-moi partir !
Un rire moqueur. Aucune réponse.
La voiture ralentit, s’arrête. Les portières s’ouvrent puis claquent. Des pas s’approchent.
— Allez, viens-là, toi.
Deux mains attrapent mes pieds et me soulèvent comme un vulgaire sac de pommes de terre.
Je me débats, en vain.
On marche plusieurs minutes avant qu’une porte ne grince.
On me pose brutalement sur une chaise. Je sens qu’on me détache les mains.
— Évite de bouger, sinon tu risques d’en subir les conséquences. Et juste pour ton information… inutile de crier. Personne ne t’entendra ici.
L’odeur est insoutenable. Une nausée me prend.
Le bandeau m’est enfin retiré.
Une lumière blafarde éclaire un sous-sol humide. L’eau stagne en flaques sur le sol.
Sur ma gauche, une vieille armoire, ses portes entrouvertes laissent entrevoir des vêtements d’homme, usés et poussiéreux.
À quelques mètres, une chaîne pend du plafond. À son extrémité, quelque chose est enveloppé dans un drap maculé de taches sombres…
Du sang séché.
Un animal abattu ?
L’un des hommes est assis sur la première marche de l’escalier qui mène à l’extérieur. Il fume lentement sa cigarette et me souffle la fumée au visage.
— Tu vas bien, ma jolie ? J’espère que je ne t’ai pas trop fait mal…
Il s’approche, jusqu’à ce que son visage soit à quelques centimètres du mien. Sa main rugueuse effleure ma joue.
Je le gifle violemment.
Son expression change instantanément.
— Sale garce… Tu vas voir !
— Johnny, arrête tes conneries ! Laisse-la tranquille et monte.
L’homme s’arrête net. Son regard brille d’une lueur malsaine. Il me sourit.
Ses dents sont jaunes, incomplètes… Un spectacle répugnant.
— Pourquoi tu ne descends pas ? demande-t-il à l’autre homme.
— Impossible… Elle risque de me reconnaître, imbécile.